Le Jeu

Document publication Document publication "Laissez les jouer" novembre 2012

Introduction : pourquoi jouer ?

Les enfants jouent pour :

  •  se détendre, car leurs journées, rythmées par les adultes, sont souvent fatigantes et stressantes
  • développer des compétences, découvrir leur corps
  •  comprendre leur environnement : s’approprier les aspects matériels par le biais du sensoriel et du moteur. Comprendre l’environnement matériel et social : le jeu permet à l’enfant de revivre une scène à sa façon.
  • S’exprimer, extérioriser, mettre en acte
  • S’affirmer, affirmer son identité (je fais tomber la tour de Lego = je domine la situation = j’existe).
  • Développer sa capacité à être seul, se détacher de l’adulte, devenir autonome
  • Rencontrer l’autre, partager, négocier, échanger

 

Définition du jeu

Le jeu est une activité libre, gratuite, fictive :

  • Libre : cela implique la possibilité de choisir son activité et sa durée.
  • Gratuite : il n’y a pas d’attente de résultat. Cela implique de prendre en compte les capacités de l’enfant (ne pas le mettre en échec systématique). L’enfant est acteur : l’adulte n’a pas besoin d’intervenir. Lorsqu’un enfant place un triangle à l’emplacement du rond, l’adulte ne doit pas aider. En effet, il est en pleine découverte, il teste, expérimente, et c’est en expérimentant qu'il apprendra. Lorsqu’un adulte secoue un hochet sous les yeux d’un bébé, celui-ci subit, il n’est pas acteur. Mieux vaut lui mettre des jouets adaptés à ses capacités, faciles à attraper, légers… En faisant à la place de l’enfant, il n’expérimente pas et n’apprend pas. LE JEU LIBRE EST UNE ACTIVITE PUISQUE L’ENFANT EST ACTEUR ! Remarque : la frustration est constructive, pas l’échec répété : l’enfant doit pouvoir réussir.
  • Fictive : on fait semblant. Le jeu est un exutoire : en rejouant des scènes, l’enfant met les choses en dehors de lui, il prend de la distance, il éloigne ce qui l’a frustré dans la journée.

Comment laisser jouer ?

Il faut proposer un CADRE LUDIQUE = organiser les conditions du « bien jouer ».

Il faut proposer des jeux et jouets qui assurent la sécurité physique (attention au logo "interdit aux moins de 3 ans", logo "CE" obligatoire) et favorisent l’autonomie, et l’adulte doit avoir une place qui permette la sécurité affective.

Il faut faire des propositions diversifiées sans pour autant tout sortir : lorsqu'on a trop de choix, on ne sait que choisir. Par exemple, en proposant plein de caisses remplies de jouets aux enfants (une caisse de petites voitures, une caisse de lego, une caisse de dînette, on leur propose le jeu suivant : VIDER).

Il faut un cadre, un aménagement : sortir une caisse de dînette n’invite pas à jouer, car les enfants si petits n’ont pas encore la capacité de s’imaginer que l’assiette peut servir à mettre la table. Il faut mettre en scène les espaces : installer les petites voitures dans le garage, mettre la table, installer une poupée sur une chaise, etc.

Utiliser des objets de la « vraie vie » favorise le jeu (attention à la sécurité) : bouteille de liquide vaisselle (vide et propre bien sûr), bouteille de gel douche, de moutarde, etc.

Il faut aussi limiter l’espace pour qu'il n’y en ait pas partout. Pour cela, on peut organiser des coins grâce aux meubles, ou délimiter l’espace grâce à des tapis plus ou moins grands.

 

Les différents types de jeux et jouets

Le jeu d’assemblage et de construction s’adresse à tout âge. Le bébé peut l’utiliser pour faire du bruit, le mettre à la bouche. Plus tard, l’enfant fera des constructions aléatoires. Puis il pourra reproduire un modèle. Enfin, il pourra créer quelque chose sans l’avoir sous les yeux. Les jeux de construction permettent de construire, déconstruire, se valoriser, se dépasser.

Les jeux d’expérimentation : motricité, découvertes sensorielles, manipulation. Importance de la causalité : action/ réaction (j’appuie, un ours sort de la boîte ; j’appuie, le téléphone sonne). La répétition doit être possible. Elle rassure. Importance du « coucou/me voila », surtout lors des séparations (coucher, départ).

L’espace « bébé » doit être installé au calme. Il doit offrir peu de jouets (4 peuvent suffire), mais ceux-ci doivent être diversifiés. L’ADULTE DOIT ETRE TRES PRESENT physiquement et psychiquement (si vous êtes présent mais que vous jouez sur votre téléphone, vous n’apportez pas l’attention nécessaire au bébé) afin d’assurer la SECURITE AFFECTIVE. L’adulte doit être posé. Il n’intervient pas dans la découverte de l’enfant. L’espace est aménagé dans un coin afin de sécuriser l’enfant (contenant). Si l’adulte a besoin d’être confortablement installé, le tapis peut être placé au pied du canapé. Il faut offrir différentes textures, différentes sensations au bébé.

Les jeux de motricité : il peuvent être aménagés dans un couloir par exemple.

Les jeux symboliques : il s’agit de jeux de rôle (faire comme papa ou comme maman), de mises en scène (playmobils, ferme, personnages… dès 4 ans), de jeux de représentation. Ce qui « fait jeu » : imiter, imaginer, faire semblant, exprimer ses émotions, faire comme les grands, s’affirmer, se mettre à la place de…, expérimenter le pouvoir. L’idéal est d’avoir des objets en double pour favoriser l’imitation. Prévoir une intimité, une délimitation de l’aire de jeu, avec un seul thème. L’espace doit être aéré pour pouvoir circuler. L’ADULTE EST PRESENT EN PERIPHERIE, à l’écart, car il ne faut pas diriger le jeu. On accueille le jeu, mais on n’oriente pas : l’enfant apprend à jouer seul. En intervenant dans le jeu (« tu me fais un thé ? Je prendrais bien du sucre »…), on ne favorise pas l’imaginaire. Ne pas envahir le jeu de l’enfant. Il est important de mettre en scène les poupées, d’installer la table… IL N’EST PAS UTILE D’AVOIR TROP DE JOUETS ! Pour 4 enfants, 2 assiettes, 2 couteaux, 2 fourchettes, 2 verres et 2 cuillères + quelques fruits, légumes ou viande, suffisent. Le reste de la dînette peut servir de jeux d’extérieur pour l’été. 10 petites voitures suffisent. Comme pour la dînette, les voitures non utilisées peuvent servir l’été, dehors.

Il est important de délimiter l’espace grâce à des meubles, des paravents, des cartons, un tapis (tapis, bout de moquette, toile cirée, sets de table…), des chaises, une table… La répétition est importante, elle rassure : si vous avez besoin de renouveau, vous pouvez sortir un jouet pour 1 mois. C’est lorsqu’on propose les choses occasionnellement que « c’est le bazar ». Pour permettre aux enfants d’expérimenter, il faut compter au moins 10 jours.

 

Comment justifier l’importance du jeu

LES ENFANTS ACQUIERENT DES COMPETENCES PENDANT LE JEU.

L’enfant ne joue pas pour apprendre : il apprend en jouant. Apprendre n’est pas une finalité. JOUER EST UN BESOIN VITAL pour l’enfant : ce n’est pas une perte de temps. Le jeu fait grandir, il fait partie du développement de l’enfant.

Il est important de ne pas aller trop vite. Si on construit une maison trop vite, elle sera fragile. Si on saute les étapes du développement moteur de l’enfant, il risque d’être mal dans son corps, de tomber davantage, etc. Si on va trop vite au niveau du jeu, qu’on propose des choses inadaptées, les bases seront fragiles. C’est pourquoi il faut d’abord laisser les enfants découvrir les jouets par la bouche, expérimenter, tester, recommencer, revenir en arrière pour se rassurer, etc.

 

Bibliographie

Laurence Ramos : « Pourquoi les bébés jouent »

La bibliothèque de l’assistant maternel : « le jeu de l’enfant »

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